dimanche 22 avril 2018

22/04 - L’IMAGE ABÎMÉE DE LA FRANCE. 
QUAND LA SYRIE REND À LA FRANCE 
LA LÉGION D’HONNEUR ATTRIBUÉE À BACHAR AL-ASSAD ! 


Bashar el Assad et Jacques Chirac.
"Il n'est point d'honneur pour le président Assad de porter une décoration attribuée par un régime esclave des États-Unis qui soutiennent les terroristes"
Présidence syrienne, jeudi 20 avril 2018 

La présidence syrienne n'a pas attendu et a annoncé, jeudi 19 avril 2018, avoir rendu la Légion d'honneur attribuée par la France en 2001 au président Bachar Al-Assad. Imaginant sans doute qu'il lui appartenait de continuer à donner des leçons de conduite sinon de maintien, l'entourage du président français Emmanuel Macron avait en effet indiqué lundi, en toute candeur, que la France avait engagé une procédure de retrait de la Légion d'honneur au président Assad, deux jours après la participation de Paris à des frappes contre des sites du régime syrien. Le désastre diplomatique est désormais consommé avec cet acte par lequel, posément mais sûrement, la Syrie vient de signifier avec raison à la France le dédain dans lequel elle considère désormais notre pays en général, la République française en particulier et son actuel président.
Je rectifie Bashar ne confond pas la France, qu'il aime beaucoup, et ses dirigeants.
D'une agression militaire au camouflet (nul doute que M.Macron connaisse très exactement l'étymologie comme la charge significative du mot comme de l'expression qui s'y attache habituellement), la boucle est désormais bouclée, avec ce commentaire particulièrement cinglant mais incontestable sur le fond qui pose désormais la question primordiale à laquelle seul le successeur du Chef de l'État pourra et devra désormais répondre : la France est-elle destinée abdiquer indéfiniment sa souveraineté en jouant les supplétifs et le bagage accompagné des États-Unis et de l'OTAN ? 

"Il n'est point d'honneur pour le président Assad de porter une décoration attribuée par un régime esclave (...) des États-Unis qui soutiennent les terroristes." Réalise-t-on au moins la force sinon la violence de l'insulte que par son comportement criminel et erratique le chef de l'État vient de faire rejaillir sur la dignité de la France, traitée de régime esclave d'un autre pays ? Imagine-t-on un instant que l'on puisse s'adresser de la sorte à la Russie ou à la Chine ? Certainement pas. Une République digne de ce nom - la République française en l'occurence -, ne saurait en effet valablement accepter d'être ainsi avilie par le comportement erratique de son président dont les actes et leur inanité sont désormais sous le regard de chacun.
La république française n'est pas la France.
Voilà pourquoi le Chef de l'État doit désormais plus que jamais rendre compte à la Nation de ses agissements, lui fournir publiquement toutes explications utiles et justifiées de ses actes et décisions et tirer l'unique conclusion qu'appelle la gravité de son comportement manifestement devenu incompatible avec l'exercice de ses fonctions : interrompre son mandat. 
C'est qu'il s'agit en effet, par-delà la personne de l'intéressé et de l'imposture qu'il représente désormais dans l'exercice d'une fonction dont il n'a manifestement pas pris l'exacte dimension, de l'intérêt et de l'image tant nationale qu'internationale de la France dont l'honorabilité et l'aura sont désormais flétries et abîmées par l'irresponsabilité d'un mirliflore et de ses conseillers ou supposés tels. 

Qu'attendre encore d'un personnage pour qui des mots tels que Nation, Patrie, France, Histoire, Prestige ne sont que des concepts gazeux et ectoplasmiques? Manifestement rien, si ce n'est d'autres erreurs, et ce ne sont pas les déclarations au Forum Humboldt avec le suzerain allemand, les protestations d'amitié-copinage avec le satrape d'Arabie Saoudite et les échanges de vues irrévérencieux avec deux guignols de l'information qui assureront la solidité comme la pérennité de la fonction présidentielle exercée par M. Macron.

"La grande importance politique stratégique des bassins du Nil, de l'Euphrate, de la mer Rouge et du golfe Persique est maintenant assortie d'une valeur économique de premier ordre. "Tout nous commande de reparaître au Caire, à Damas, à Amman, à Bagdad, à Khartoum, comme nous sommes restés à Beyrouth", écrivait le général De Gaulle dans ses Mémoires d'espoir (1958-1962).

C'est qu'il s'agissait bien là de politique, et plus précisément de cette fameuse politique arabe que nous pouvions et avions le devoir de mener, avec intelligence, respect et discernement. Dans une formule demeurée célèbre, le général De Gaulle remarquait en effet que sa politique arabe était fondée sur la realpolitik qui veut que l'on traite avec les régimes en place et que seuls comptent les intérêts politiques, stratégiques, économiques. On en est bien loin, désormais, alors que la géopolitique nous commande plus que jamais de porter une attention extrême à toute la Méditerranée et à ses voisins, qu'il s'agisse de sa rive africaine ou orientale.
Le lointain prédécesseur de M. Macron agissait avec une préoccupation constante, celle de conserver à la France son rang de grande puissance.
Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac auront su maintenir la même ligne, avec des nuances propres à chacun. Le refus de J. Chirac de cautionner la désastreuse guerre d'Irak, dont il pressentait avec raison les funestes conséquences, s'inscrivait lui aussi dans cette démarche prudente qui est aujourd'hui fracassée avec l'image abîmée de la France par le comportement inepte et immature de son actuel président.

"Dans cette région où, depuis toujours, la France fut présente et active, j'entends naturellement rétablir notre position", écrivait le général De Gaulle. 
On mesure aujourd'hui l'ampleur du gâchis !

En posant comme préalable à toute négociation le départ de Bachar al-Assad, en se soumettant à une politique et à des intérêts qui nous sont étrangers, en prenant de "mauvais alliés" , en nous aliénant l'amitié de la Russie, en déclarant la guerre à la Syrie, en épousant sans discernement des intérêts atlantistes - car c'est bien de cela et uniquement de cela dont il s'agit, qu'on le veuille ou non et quelles que soient les pitoyables justifications et dénégations affichées -, la diplomatie française s'est au cours des mandats successifs de M.M. Sarkozy, Hollande et Macron verrouillée par des choix désastreux dans une impasse dont elle ne pourra plus s'extirper avec ses dirigeants actuels comme dans la configuration géopolitique et militaire en cours. 

Voilà qu'une politique orientale, méditerranéenne, est aujourd'hui anéantie par un comportement erratique et imbécile qui vient au surplus de nous aliéner un capital que la France avait l'impérieux devoir de préserver. Il va donc falloir patiemment rebâtir toute une politique intelligente et respectueuse sur tout un champs de ruines. Le camouflet que "la France" vient de recevoir est amplement mérité. Il peut toutefois et fort heureusement être surmonté et transformé pour peu que nous nous en donnions la peine. 
La solution est sous nos yeux : il est plus que jamais urgent pour la France de mettre fin à ce régime "esclave" des États-Unis qui soutiennent les terroristes. 
Pour la France, l'inféodation est incompatible avec le principe même de souveraineté nationale, laquelle ne peut faire l'objet de la moindre concession. 
La solution s'impose d'elle-même : Endgame ou Fin de Partie, comme l'a écrit Becket. 
Par un renversement de situation initialement dirigé à l'encontre de M. Bachar al-Assad qui, selon F. Hollande, "ne pouvait être la solution du problème syrien", c'est désormais M. Macron qui ne peut plus faire partie de la solution du problème français car il en est devenu le problème.
par Renaud Bouchard 


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