vendredi 7 août 2015

++07/08 - DR JEAN-PAUL CURTAY :
«NE PLUS SUBIR LES INFECTIONS,
C’EST UN OBJECTIF PRIORITAIRE.» 

Mauvaise habitudes alimentaire est le Le Dr Curtay est l’auteur de L’immuno-nutrition, un livre qui explique comment se prémunir naturellement contre les infections.

Lanutrition.fr : Quel est le but principal de ce "manuel familial de résistance aux infections" ?
Dr Jean-Paul Curtay : Le but de ce livre est de stimuler une mise à jour des pratiques hygiéniques et médicales de ville et hospitalières dans ce domaine et de mettre à la disposition de chacun des outils qui permettent de rester à tout âge et dans toute situation (grossesse, enfance, adolescence, âge, surpoids, diabète, cancer, fibromyalgie, hospitalisation…) plus résistant. Il y a un programme global pour tous et des mesures adaptées à chaque catégorie de la population. Ne plus subir les infections communes et saisonnières, ne plus faire de rhume, de grippe, de rhinopharyngite, d’angine, d’otite, de gastro-entérite, de cystite… est un objectif prioritaire, car ces infections banales sont révélatrices de vulnérabilités avec lesquelles il apparaît, face aux nouvelles menaces – que j’ai découvertes en écrivant ce livre encore beaucoup plus sérieuses que ce que je pensais - de moins en moins conseillable de s’accommoder. Il est clair que si l’on n’est pas en état de résister à ces petites attaques, face aux germes résistants aux antibiotiques et aux virus mutants, on ne tiendra pas le choc. Et l’on a eu un aperçu avec H1N1 que cela ne concerne pas seulement des personnes âgées et/ou malades mais aussi des femmes enceintes et des adultes jeunes. C’est maintenant qu’il faut se mobiliser.

Pourquoi faisons-nous des rhumes, des grippes, des bronchites, des gastro-entérites, des cystites, des poussées d’herpès…malgré nos défenses anti-infectieuses ?
Nous sommes porteurs de germes et chaque jour en contact avec de nombreux autres. Nous ne succombons pas pour cela sans cesse à des infections. Nous avons des défenses, en particulier les globules blancs et les anticorps. En dehors de quelques situations rares : virulence extrême d’un agent infectieux comme le virus Ebola ou transmission violente, par du sang contaminé, nos défenses sont capables de s’opposer à l’agression. Pourtant de temps en temps nous résistons mal. Il y a trois raisons principales à cela : la première nous sommes fatigués. Si les réserves en énergie sont basses nous sommes vulnérabilisés.
La deuxième, quelques nutriments clés nécessaires à la production des armes anti-virales et anti-bactériennes comme le zinc ou les vitamines B, ou à leur efficacité comme les antioxydants (vitamines C, E, bêta-carotène…) ne se trouvent pas en quantité suffisante chez beaucoup d’entre nous.
La troisième, nous consommons des aliments qui profitent aux agents infectieux. Par exemple, les acides saturés du beurre, des fromages, des fritures, permettent aux virus et aux bactéries de se forger des membranes inoxydables, inattaquables par les substances corrosives sécrétées par les globules blancs pour les détruire. L’excès de fer (viandes rouges et parfois compléments alimentaires inadaptés) leur offre un facteur de croissance très puissant.

Avez-vous dressé le bilan de cette situation de faiblesse immunitaire ?
On décompte chaque année plus de 750000 infections nosocomiales, responsables de près de 10000 décès sur les 15 millions d’hospitalisations annuelles, 12 millions de rhinopharyngites, 10 millions de bronchites aigues, 2,5 millions de grippes saisonnières, 2 millions de gastro-entérites… Les infections nez-gorge-oreille des enfants coûtent autour d’un milliard d’euros chaque année. 500000 Français sont victimes d’hépatites responsables de 4000 décès annuels. La mortalité par infection est de 200 pour 100000 chez les seniors (100 fois plus élevée que chez les plus jeunes).

N’y a-t-il pas pourtant une évolution positive ?
Un début de campagne a permis de faire reculer légèrement en France les décès pour infections nosocomiales, mais le principal reste à faire. La mondialisation et les changements climatiques favorisent des évolutions extrêmement rapides, comme on vient encore de la constater avec l’apparition de la dengue et de la chikungunya, responsables d’épidémies dévastatrices aux Antilles et à La Réunion, dans le sud de la France métropolitaine. Nous sommes de plus en plus souvent agressés par de nouvelles épidémies : SRAS, grippe aviaire, grippe A… Les animaux aussi, en particulier porcs et poulets. Leurs populations stressées dans des élevages concentrationnaires hébergent des virus mutants qu’ils s’échangent et qui deviennent régulièrement transmissibles à l’homme. Les abeilles s’avèrent menacées par des parasites, des virus et maintenant des bactéries résistantes… Selon les pays le 20 à 30% des abeilles ont disparu, or 80% des végétaux que nous consommons dépendent de leur pollinisation. Les infections sont en passe de nous mettre non seulement en crise sanitaire mais aussi alimentaire majeure, et ceci au moment, où avec d’autres perturbations comme celles de climat les risques sont sérieusement augmentés.

Quelle est la place des antibiotiques et des vaccins ?
L’abus général d’antibiotiques a engendré des souches résistantes de germes responsables d’infections incontrôlables en milieu hospitalier. Certains de ces germes multi-résistants comme le staphylocoque SARM USA 300 sortent des hôpitaux et se propagent dans diverses communautés. Ils sont capables de tuer par simple contact.
On estime déjà à 100000 aux Etats-Unis et à 25000 en France le nombre annuel des décès dus aux bactéries résistantes aux antibiotiques et la tendance générale, excepté dans les rares pays qui ont décidé de limiter sévèrement l’usage des antibiotiques est à la hausse et à la multiplication des agresseurs !
Les prisons, en particulier russes, s’avèrent le réservoir explosif d’une tuberculose contre laquelle les traitements ne peuvent plus rien. Les infectiologues du monde entier réunis en septembre 2010 à Boston constatent que nous risquons de revenir à la période d’avant la pénicilline et de voir les populations menacées par de «nouvelles pestes».
En ce qui concerne les vaccins, il n’y en a pas pour la dengue ou le chikungunya et bien d’autres infections et, s’il y a un vaccin, les taux d’anticorps ne montent efficacement que si l’on n’est pas déficient en vitamines et en minéraux, en particulier le zinc, sans lequel les anticorps qui sont des protéines ne peuvent pas être fabriqués. Les autorités de santé publique en France ne peuvent pas l’ignorer puisque déjà en 1999 l’équipe du Pr Serge Hercberg qui chapeaute les grandes manœuvres comme SU.VI.MAX, le PNNS et maintenant NutriNet – une mobilisation pharaonique, pour encore chercher à «comprendre» alors que le nombre de choses connues et à mettre de manière urgente en place est déjà monstrueux -  a montré que l’administration de zinc – insuffisamment apporté selon la même équipe chez 100% des seniors -, permet une meilleure élévation des taux d’anticorps. Je signale au passage que l’énorme investissement fait dans le PNNS (Programme national nutrition santé) a apporté des résultats microscopiques. Par exemple, mis en branle plus de 30 ans après les premières études montrant l’intérêt de consommer plus de fruits et légumes, leur consommation a reculé en France depuis sa mise en place. Je vous réfère au rapport d’expertise réalisé par l’IGAS qui annonce tout simplement ne pas recommander la reconduction du plan !

Vous dites que les campagnes annuelles de vaccination sont faites sans corriger préalablement les déficits, sachant donc qu’elles peuvent de ce fait ne pas être efficaces ?
Exactement, c’est le cas de la plupart des seniors, mais aussi des adolescents qui surutilisent le zinc du fait de leur forte croissance, des enfants en poussée de croissance, et d’une bonne proportion des autres.  Sans compter que d’autres nutriments comme les vitamines D et B6, le magnésium, la glutamine, etc… sont aussi manquants chez la majeure partie d’entre nous et que leur manque n’est pas non plus corrigé.

Ces notions sont elles si nouvelles qu’elles n’ont pas pu être intégrées ?
Pas du tout. On est dans un schéma de retardation générale, de manque de réactivité, alors qu'on a besoin de mesures de santé publique visant les excès de sel, de sucres, de graisses trans ou encore la promotion des fruits et légumes. On a eu des campagnes sur les antibiotiques, mais malgré des progrès en ce qui concerne en particulier les angines, ces médicaments restent grotesquement surutilisés par négligence, avec les conséquences que l’on connaît. Il y a de la rhétorique et de belles campagnes mais les mesures concrètes ne sont pas prises. Par exemple supprimer la TVA sur les fruits et légumes et doubler celle des sodas et autres produits trop riches en sucres rapides ou en graisses saturées ou trans. Ce n’est pas en faisant du blablabla que les choses vont changer. En attendant que les mesures évidentes, mais plus courageuses soient prises, ces retards  qui se chiffrent de quelques années à quelques dizaines d’années sont responsables d’une surmortalité et d’une incidence excessive de maladies qui auraient pu facilement être évitées. Je vous laisse ajouter à l’addition les effets secondaires, quelques millions de journées d’hospitalisation chaque année et les coûts. Les médecins sont formatés pour être des distributeurs automatiques de médicaments. On caresse dans le sens du poil l’industrie pharmaceutique jusqu’à ce que cela devienne trop embarrassant et il y a un bouc émissaire qui prend. Mais presque tous sont dans le même sac. La prévention n’est pas remboursée par la Sécurité Sociale. Les aides aux changements d’alimentation et de mode de vie sont encore sur les rayons des discours que l’on sait totalement inopérants. On peut citer à l’inverse l’initiative isolée de la CPAM du Mans qui a  mis en place une aide concrète et a fait un petit pas dans cette direction avec son programme «Ma santé active». plus que louable dans ce climat de décalage considérable entre les objectifs affichés et les moyens effectivement employés,

D’où viennent les connaissances qui permettraient de renforcer les défenses anti-infectieuses ?
Sur près d’un siècle maintenant les chercheurs en immuno-nutrition ont identifié les nutriments les plus importants pour assurer une bonne résistance aux agents infectieux. Parmi eux : le zinc, la vitamine D, le magnésium, les acides gras oméga-3, la glutamine, la cystéine – dont le rôle essentiel dans l’activité des globules blancs a été mis en avant par le Pr Luc Montagnier -, les antioxydants… auxquels il faut adjoindre quelques ingrédients non nutritionnels présents dans les aliments comme les polyphénols ou les probiotiques. Les études montrent que leurs apports par l’alimentation sont très insuffisants et que certains d’entre eux sont surutilisés dans de nombreuses circonstances, dont les infections elles-mêmes. Le décalage important entre les apports et les besoins qui en résulte, explique avec la fatigue, le stress et les effets de la pollution, la majeure partie des défaites de nos défenses immunitaires face à des attaques infectieuses.
La France qui a été pionnière dans le domaine de l’immuno-nutrition avec des chercheurs comme Bruno Lesourd ou Luc Montagnier s’avère,  du point de vue de la prévention comme du point de vue de l’application pratique des connaissances disponibles pour renforcer les défenses anti-infectieuses y compris en thérapeutique, que ce soit en ville ou à l’hôpital se trouve aujourd’ hui  sous-développée, pour ne pas dire arriérée quand on considère les connaissances acquises .
Références
Curtay J-P. : L'immuno-nutrition : Manuel familial de résistance aux infections. Editions Anne Carrière (Paris), 378 p. 20 €.



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